Un pétrole plus cher, mais pas un choc énergétique

Après une désinflation plus forte et plus large que prévu au premier semestre, la
remontée récente des prix du pétrole fait douter les investisseurs. Le choc
énergétique reste cependant très modeste par rapport à celui de 2022.

En annonçant le 5 septembre l’extension pour trois mois, jusqu’en décembre 2023,
de leur coupe dans la production de pétrole, l’Arabie saoudite et la Russie ont fait
passer le prix du Brent à 90$ le baril (graphique 1). Pour l’économie mondiale cette
évolution comporte deux risques principaux. Elle pourrait d’abord remettre en
cause le scénario de reprise du pouvoir d’achat et de baisse des coûts des
entreprises. Elle risque ensuite de rendre les banques centrales à nouveau plus
nerveuses au sujet de l’inflation.

L’OPEP dans son ensemble devra se prononcer en décembre 2023 sur la poursuite,
ou non, des réductions d’offre annoncées en avril. Les incertitudes sont
importantes à ce sujet, car l’OPEP sait que si les prix montent à nouveau, l’offre
américaine de pétrole de schiste rebondira alors sensiblement. L’OPEP doit de plus
calibrer son action de telle manière qu’elle ne détruise pas la demande dans une
phase assez délicate pour une partie de l’économie mondiale (Chine, Europe). Reste
que l’action récente de l’Arabie saoudite et de la Russie augmente le risque d’une
poursuite de la hausse des prix du pétrole.

La hausse de prix de l’énergie reste cependant concentrée sur le pétrole, ce qui est
très différent de ce qui s’est passé l’année dernière avec les boycotts puis l’arrêt
des livraisons de gaz russe. Les prix du gaz naturel ont certes été récemment
affectés par des grèves, mais ils demeurent sages, comme le sont aussi les prix du
charbon (graphique 2). En Europe, les stocks de gaz naturel sont à 90% des
capacités, ce qui diminue nettement les risques de tension sur les prix cet hiver. En
Allemagne, les prix de gros de l’électricité sont restés stables depuis le printemps.

Sensibles aux évolutions marginales, les marchés financiers réagissent mal à la
remontée des prix de pétrole, ce qui est assez logique. Selon nous, il s’agit
cependant plus d’une évolution de prix relatifs que d’une véritable impulsion
inflationniste. Hors pétrole, la désinflation devrait se poursuivre en Europe, en
particulier dans les secteurs alimentaires et industriels. Il sera cependant difficile
de rassurer les investisseurs tant que les prix de pétrole ne se stabilisent pas.

Télécharger la lettre hebdomadaire en version PDF – 11 septembre 2023

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