“Un seul morceau de bois donne de la fumée mais pas de feu”

Par Nadine Trémollières, Directeur Primonial Portfolio Solutions

À l’heure où nous clôturons ce premier trimestre, force est de constater que les prévisions d’il y a 6 mois ont encore été mises à mal par la réalité. Les économistes et investisseurs s’attendaient à un premier semestre compliqué, or la majorité des indices actions des pays développés affichent des performances positives supérieures à 10 %. Les taux courts ont continué à monter dans le sillage du relèvement des taux directeurs des banques centrales des pays développés, en revanche les taux longs ont peu évolué et se retrouvent sensiblement au même niveau qu’en début 2023.

Une croissance portée par les méga- capitalisations

Mais cette photo plutôt positive cache de nombreuses disparités que nous avons régulièrement soulignées, à la fois géographiques mais surtout en termes de taille de capitalisation. Les indices actions sont visuellement très positifs en particulier aux États-Unis (S&P 500 en USD en hausse de 6,61

% en juin et de 16,89 % en YTD). Mais ils sont totalement portés par la croissance des méga- capitalisations et particulièrement par les sociétés technologiques en 2023 (Nvidia +189

%, Meta +138 %, Tesla +112 %, Amazon +55 %, Apple +49 %…), qui continuent leur formidable rallye au mois de juin, soutenus par la révolution de l’Intelligence Artificielle.

En effet, ChatGPT est la première application à atteindre si rapidement 100 millions d’utilisateurs actifs par mois, de nombreux domaines d’activités vont être transformés par l’IA et seuls les grands groupes semblent avoir la capacité de financer et de développer cette révolution.

Des petites et moyennes capitalisations délaissées

Les actions européennes, qui avaient plutôt surperformées leurs homologues en début d’année, connaissent une fin de semestre plus difficile : le Stoxx 600 progresse en juin de 2,41

% (+10,85 % en 2023), pénalisé par la baisse des valeurs cycliques et surtout par la stabilisation des valeurs du luxe qui avaient porté les indices en début d’année.

Les petites et moyennes capitalisations sont de leur côté plutôt délaissées par les investisseurs sauf aux États-Unis où en juin, la progression du Russell 2000 a été pour la première fois de l’année plus positive que celle du Nasdaq (respectivement +8,64 % et +6,6 %, en USD) alors que jusqu’en mai la performance de cet indice était toujours à zéro. Est-ce l’amorce du réveil des petites valeurs ? Celui-ci pourrait aussi profiter aux actions européennes alors que l’indice MSCI Small Caps accuse lui aussi un important retard comparé aux indices de grandes capitalisations (+0,83 % contre +4,34 % pour l’Eurostoxx 50 en juin). Mais cette désaffection des petites et moyennes actions est surtout liée à la perception que, dans une économie mondiale qui va bien finir par ralentir sous les coups de boutoir des banques centrales, les grandes capitalisations sont vues comme des valeurs défensives car elles sont souvent peu endettées, disposent de larges réserves de liquidités et ont toujours un « pricing power » plus important que les sociétés de moindre taille.

En termes de statistiques macroéconomiques, l’économie européenne continue son ralentissement entrainé par la baisse de la demande industrielle mais surtout par le secteur des services qui tend à se normaliser.

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L’Espresso des marchés du 13 juillet 2023
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