Un stress bancaire sans incidence ?

Début mars a fait craindre un instant un remake de 2008. À l’époque, à la suite de la faillite de Lehman Brothers, les marchés actions avaient « dévissé » de plus de 60% en moins de 6 mois, alors forcément ça laisse des traces ! Mais nous apprenons de nos erreurs et, cette fois-ci, les Banques Centrales et les gouvernements ont décidé de prendre des mesures drastiques afin d’éviter la propagation de « l’incendie » déclenché aux États-Unis et en Suisse. Pour autant, l’augmentation du coût de financement des banques va forcément renchérir celui des entreprises. Si l’on poursuit dans cette logique, la croissance mondiale devrait en être affectée et peser sur les taux d’intérêts à long terme. C’est justement cette dernière incidence qui fait le bonheur des marchés actions puisque, qui dit taux plus bas, dit actualisation des profits plus élevée.

Il serait toutefois injuste de mettre l’insolente santé des marchés actions uniquement sur le compte de la détente des marchés obligataires. En effet, alors que le premier trimestre

vient de s’achever et que la saison de publication des résultats va commencer d’ici une dizaine de jours, rien n’incite pour l’instant les analystes financiers à réviser à la baisse les estimations de bénéfices, ni pour l’année en cours ni pour l’année prochaine, en tous cas en Europe. Cette constatation est moins vraie pour les sociétés américaines qui, entre autres facteurs négatifs, pâtissent de la force du dollar, même si la vigueur du billet vert a quelque peu faibli.

Le pic d’inflation est semble-t-il passé, mais cette dernière n’est pas éteinte pour autant. Il sera primordial d’observer la façon dont les sociétés réussiront ou pas à préserver leurs marges en répercutant la hausse de leurs coûts de production. Elles ont réussi à le faire jusqu’à présent, en seront-elles encore capables ? Un autre élément à surveiller sera l’évolution des masses salariales. Très logiquement, les revendications sont fortes en raison de la hausse sensible du « coût de la vie » et nous avons constaté que, depuis la période « post Covid », le rapport de force s’était inversé au profit des salariés.

LES MARCHÉS EUROPÉENS ET ASIATIQUES PLUS ATTRACTIFS QUE LE MARCHÉ AMÉRICAIN

Sur le plan géographique, nous continuons à nous montrer prudents sur le marché des actions américaines, principalement en raison d’une valorisation qui laisse peu de place à de mauvaises surprises. À ce titre, les incertitudes ont rarement été aussi nombreuses, que l’on fasse référence à l’ampleur du ralentissement économique à l’œuvre, à la zone d’atterrissage de l’inflation, ou à l’évolution future des marges des entreprises qui culminent à des niveaux records. À près de 18 fois les résultats estimés pour 2023, le S&P 500 se valorise déjà au-dessus de sa moyenne de long terme.

Notre préférence relative s’oriente vers les marchés européens et asiatiques. Les premiers bénéficient déjà du très fort recul des prix de l’énergie depuis plusieurs mois. La robustesse de la demande finale en Europe et la moindre pression sur les coûts intermédiaires permettent aux perspectives bénéficiaires de rebondir fortement. Par ailleurs, la réouverture de la Chine devrait procurer un supplément de croissance aux partenaires commerciaux de l’empire du Milieu, au premier rang desquels figurent les pays d’Europe et le Japon.

Enfin, sur le plan des styles, l’inquiétude sur le secteur bancaire – conjuguée à l’affaiblissement des rendements obligataires – a fort logiquement profité aux valeurs de croissance.

MAIS TOUJOURS DE LA PRUDENCE SUR LES MARCHÉS ACTIONS

Nous  avions  fin  janvier  décidé de descendre d’un cran notre recommandation sur les marchés actions en sortant de la neutralité, estimant que la hausse en ligne droite avait été un peu trop rapide. Sans remettre en cause nos objectifs de fin d’année d’une progression à deux chiffres des indices, notamment européens, nous estimons que les nombreuses incertitudes militent en faveur de ce biais très légèrement négatif. Si la volatilité perdure, nul doute que des occasions se présenteront pour se repositionner.

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