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Une rentrée sous le signe du Delta

Comme chaque fin de mois d’août depuis 1982, les banquiers centraux ont pris pour habitude de se réunir dans l’Etat américain du Wyoming afin de plancher sur les grands enjeux économiques et financiers. Et, comme il fallait s’y attendre, les regards des investisseurs étaient entièrement focalisés sur cet Economic Policy Symposium, notamment sur l’intervention du président de la Réserve fédérale (Fed). Le moins qu’on puisse dire, c’est que la montagne a accouché d’une souris car nous n’avons rien appris de nouveau !

Jerome Powell a ainsi répété ce que lui ou d’autres membres de son institution avaient déjà dit auparavant : il ne s’inquiète par de la récente poussée inflationniste qu’il continue de considérer comme transitoire. Le ton s’est voulu particulièrement optimiste sur l’emploi, rassurés il est vrai par les 938 000 et 943 000 postes supplémentaires créés respectivement en juin et en juillet. Si les créations de poste ne déçoivent pas en août, il est fort probable que la Fed annonce le chronogramme de son plan de réduction des achats de titres (Tapering) lors de sa prochaine réunion (22 septembre). Si le Tapering d’ici la fin de l’année ne souffre plus d’incertitude, Jerome Powell s’est montré plus prudent quant à des hausses des taux directeurs. Cela a permis un retour de la confiance sur les marchés boursiers en reléguant au second plan les craintes sur l’évolution de la COVID-19 et l’incertitude née du retour des Talibans en Afghanistan.

En effet, alors que le Bureau of Economic Analysis a revu à la hausse son chiffrage du PIB au deuxième trimestre (+0,1 point de pourcentage par rapport à la première estimation, à 6,6% en rythme annualisé), le fait que la Fed ne se précipite pas pour normaliser sa politique monétaire a été très bien accueilli par les investisseurs. Les indices boursiers ont repris le chemin de la hausse (+1,5% pour le S&P 500, à 4 509,37 points). Même l’Europe n’a pas échappé à ce sentiment d’optimisme (+1,15% pour l’EuroStoxx 50, à 4 195 points). Il faut dire que la tendance est à l’amélioration de la situation épidémiologique dans plusieurs pays. Cela augure d’une poursuite de l’amélioration des conditions d’exploitation du secteur privé, à l’image de l’indice PMI composite de la zone Euro (-1 point de pourcentage, à 59,5 points) qui est resté proche de son plus haut des 15 dernières années (60,2 points).

Ce contexte de baisse de l’aversion pour le risque et de croissance à venir a été très bénéfique pour le pétrole (+8,24% pour le Brent, à 70,55 dollars le baril). A cela se sont ajoutées les conséquences du puissant ouragan Ida qui menace les installations du Golfe du Mexique. Plusieurs compagnies pétrolières comme BP, BHP, Chevron ou Royal Dutch Shell cherchent à évacuer leur personnel de ces installations offshore. D’où une plus forte remontée du prix du WTI (+10,35%, à 68,75 dollars). Ce bond du pétrole et des matières premières dans l’ensemble va remettre une nouvelle fois sur le devant de la scène les craintes inflationnistes. Ce qui pourrait se traduire par une remontée plus forte des taux à l’avenir.

C’est cette grille de lecture qui transparaît de l’évolution des taux américains (+5 points de base – pbs – à 1,307% sur la semaine pour le T-Bond). Pourtant, vendredi, après le discours de Jerome Powell, les rendements obligataires ont reflué (-5 pbs pour le 10 ans américain ; -1 pb pour l’OAT 10 ans et le Bund à 10 ans). Cette évolution peut refléter la conviction des investisseurs comme quoi la Fed et ses consœurs iront avec parcimonie dans le retrait de leur stimulation budgétaire. Même si les conditions monétaires deviennent moins accommodantes, il ne faut pas s’attendre à une hausse des taux directeurs américains avant 2023. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le dollar, en dépit du chaos afghan, s’est déprécié contre la plupart des devises (-0,8% à 92,694 points). L’euro, en hausse de 0,84%, est revenu à 1,18 dollar, aidé par la publication des enquêtes PMI de très bonne facture en Allemagne et en France. Pourtant, l’issue des élections législatives dans la première économie de la zone Euro s’annonce très incertaine. En effet, les sondages font état d’une perte de vitesse de la coalition menée par la CDU/CSU (passée de 34% en janvier à 21%) qui pourrait même se retrouver dans l’opposition pour la première fois depuis l’arrivée d’Angela Merkel à la Chancellerie en 2002. Le futur Chancellier pourrait être Olaf Scholz, chef du SPD (à 24%), voire Annalena Baerbock, tête de liste des Verts (à 17%).

Karamo KABA, Directeur de recherche économique

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