Une tempête s’est levée au Levant

L’attaque terroriste qui a frappé Israël le 7 octobre dernier, presque 50 ans jour pour jour après la guerre du Kippour, a fait resurgir le risque géopolitique. Dans le même temps, la divergence entre l’économie américaine et européenne s’est encore creusée, tandis que la croissance en Chine a surpris le consensus. Les actifs risqués ont poursuivi leur baisse entamée le mois dernier et les taux d’intérêt ont de nouveau donné des sueurs froides au marché. Enfin, certaines banques centrales se sont réunies et ont instillé une odeur de « pause » à peine dissimulée…

L’indice de risque géopolitique développé par Caldara & Iacoviello (2022) agrège, en une seule série statistique, des mots clés associés aux menaces et aux actes géopolitiques comptabilisés dans de nombreux journaux. En termes de magnitude (cf. graphique p2), l’attaque terroriste perpétrée par le Hamas se situe audessus des niveaux observés lors des événements du Bataclan, mais reste inférieure à la guerre en Ukraine ainsi qu’au 11 septembre 2001.

D’un point de vue économique, l’incidence sur les cours du pétrole est au centre des réflexions. Si la guerre du Kippour et celle du Golfe ont débouché sur une augmentation significative des cours du pétrole, la guerre d’Irak et son casus belli ont eu un impact plus « limité » sur l’or noir. En cas d’extension du conflit (au SudLiban et/ou à l’Iran), le potentiel choc de matières premières subséquent serait probablement différent de celui vécu avec la guerre en Ukraine. L’inflation pourrait réaccélérer, mais le contexte actuel (moindre soutien budgétaire et monétaire, épuisement de l’épargne…) plaide également pour une destruction de la demande. En outre, ces événements s’inscrivent dans un narratif plus large de « seconde vague d’inflation ».

Depuis le début du renchérissement des prix du pétrole, il y a maintenant plusieurs mois, nombreux sont ceux qui n’hésitent pas à comparer la situation de 2020 aux poussées d’inflation successives des années 70. Le contexte politique, monétaire et diplomatique est toutefois bien différent. Si la hausse du pétrole a contribué au maintien de l’inflation totale sur des niveaux élevés depuis l’été, il s’agit tout au plus d’une « vaguelette » à ce stade.

Pour autant, nous pensons que les statistiques d’inflation devraient rester volatiles aux Etats-Unis. Les signaux extraits d’une batterie d’indicateurs nous indiquent également que l’inflation cœur (hors énergie et alimentation) pourrait encore surprendre à la hausse. C’est en revanche moins le cas en zone Euro, où nous anticipons désormais une intensification de la désinflation, comme en témoignent les chiffres préliminaires d’octobre.

Une fois encore, l’activité réelle et les enquêtes conjoncturelles ont été moroses en zone Euro. Au pays de l’oncle Sam, la première estimation de la croissance du PIB pour le 3ème trimestre est ressortie à 4,9% en rythme annualisé, au plus haut depuis la reprise post-covid de 2021. Sur la même période, la consommation domestique en Chine a, quant à elle, surpris par sa vigueur. Les difficultés liées au secteur immobilier et à l’endettement en général demeurent, pour nous, un sujet d’attention. Notre scénario de début d’année tablant sur une divergence transatlantique devrait donc finir par se matérialiser. Nous sommes néanmoins plus pessimistes concernant l’année 2024, qui devrait coïncider avec les effets du resserrement monétaire sur l’activité.

‘’ nous pensons que les statistiques d’inflation devraient rester volatiles aux Etats-Unis. ‘’

L’enquête menée par la BCE auprès du secteur bancaire montre que les conditions d’octroi de crédit se sont considérablement resserrées, concomitamment à un affaissement de la demande de prêts. C’est dans ce contexte, que la BCE a pris la décision, en fin de mois, de laisser sa politique monétaire inchangée, tout comme la Banque du Canada. Ne reste plus qu’à attendre la Fed et la Banque d’Angleterre début novembre, afin de confirmer la possibilité d’une pause (quasi) généralisée.

En octobre, les actions ont reculé de 3,3 % en zone Euro et de 2,1 % aux Etats-Unis (en $). Les « 7 magnifiques » ont un peu perdu de leur superbe, pénalisés pour certains par leurs résultats trimestriels, et par la hausse des taux souverains américains (cf. graphique p2). En novembre, les regards se porteront sur les banques centrales, l’emploi américain, mais aussi sur la croissance du PIB en zone Euro ainsi que sur les immanquables statistiques d’inflation…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Prec.
Pourquoi les taux d’intérêt à long terme de la zone euro ne sont-ils pas encore à leur niveau d’équilibre ?
Suiv.
Will China still be a drag on the global economy?
Investisseurs

Will China still be a drag on the global economy?

Plus de publications

Abonnez-vous

Abonnez-vous et recevez toutes les semaines notre newsletter économique et financière.