Zone Euro : Dégradation des perspectives de croissance et d’inflation

À première vue, la publication des enquêtes PMI* du mois de mars montrait une bonne résistance de l’activité face à la guerre en Ukraine et à la hausse des cours des matières premières. Le PMI composite pour l’ensemble de la zone euro a baissé de 55,4 à 54,5 en estimation préliminaire, alors que le consensus craignait une baisse plus forte à 53,8. Le PMI manufacturier a baissé de 58,2 à 57,0 et le PMI des services de 55,5 à 54,8, des niveaux cohérents avec un bon niveau de croissance.

Plus en détail, cette publication contenait des éléments moins encourageants. Les indices PMI relatifs aux prix ont augmenté à des rythmes sans précédent et les tensions d’approvisionnement se sont renforcées, alors qu’elles commençaient à se résorber. On observe également un fort repli de l’indice mesurant les perspectives d’activité, qui n’entre pas dans le calcul du chiffre global. En revanche, la composante emploi restait bien orientée.

À court terme, la hausse des cours des matières premières va continuer d’alimenter l’inflation, qui s’est établie à +5,9% sur un an en février (+2,7% hors énergie et alimentation). Les chiffres préliminaires de mars pour l’Allemagne, la France et l’Espagne étaient déjà plus forts que les attentes, atteignant respectivement +7,3%, +4,5% et +9,8%. Dans ce contexte de hausses de prix, la confiance des consommateurs a chuté en mars. L’indice de la Commission européenne a baissé de près de 10 points sur le mois à         -18,7. Il s’agit de la deuxième plus forte baisse mensuelle après celle de la crise du Covid-19 au printemps 2020.

Pour réduire l’impact négatif de l’inflation sur le pouvoir d’achat des ménages, les gouvernements amplifient leurs mesures de soutien. Par exemple, le gouvernement français a annoncé une remise sur le prix du carburant de 18 centimes par litre à partir du 1er avril, pour une période de quatre mois. D’autres pays ont pris des mesures semblables, notamment l’Allemagne et l’Italie.

Si la guerre en Ukraine a considérablement augmenté l’incertitude, la BCE a néanmoins confirmé l’orientation moins accommodante de sa politique monétaire. Le 10 mars, Christine Lagarde a annoncé que le programme d’achats d’actifs pourrait se terminer dans le courant du troisième trimestre et que la hausse des taux interviendrait « quelques temps après », ce qui ouvre la voie à une première hausse des taux cette année tout en laissant une certaine flexibilité.

Dans le scénario central de la BCE, qui prévoit une baisse progressive des prix de l’énergie, la croissance annuelle du PIB devrait rester au-dessus de son potentiel en 2022 et 2023 et l’inflation reviendrait sur un rythme proche de 2% à partir de 2023. Dans son scénario le plus sévère, qui prend l’hypothèse d’un maintien des prix de l’énergie sur des niveaux élevés, mais qui ne couvre pas l’arrêt des importations d’énergie depuis la Russie, la croissance serait légèrement négative sur les trimestres à venir et l’inflation ne reviendrait sous les 2% qu’en 2024.

*PMI : Purchasing Managers Index. Les indices PMI sont des indicateurs de confiance qui synthétisent les résultats des enquêtes menées auprès des directeurs d’achats des entreprises. Une valeur supérieure à 50 indique un sentiment positif dans le secteur concerné (manufacturier ou service).

Voir aussi : https://lazardfreresgestion-tribune.fr/point-conjoncturel-fevrier-2022/

L’opinion exprimée ci-dessus est datée du 4 avril 2022 et est susceptible de changer.

 

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