Zone Euro | FiBee : La revue de presse économique et financière

Zone Euro : quid de l’assurance offerte par la politique économique ?

Agence SAND

Synthétisons la situation économique en Zone EuroLa croissance reste élevée, mais ralentit. Le profil des indices PMI le montre et la performance attendue pour le quatrième trimestre est revue à la baisse. D’une période à l’autre et en rythme instantané, le consensus Bloomberg table dorénavant sur 1,0%, contre +1,3% à l’été. Dans le même temps, les prix accélèrent ; pour ceux à la consommation, le glissement sur un an est passé de -0,3% en décembre dernier à 3,4% en septembre et le point haut ne serait atteint qu’en fin d’année. Du côté de la politique monétaire, le dialogue entre la BCE et le marché n’est pas très simple ; si ce n’est l’arrêt du PEPP en mars prochain et le principe d’un relais pris par la suite au travers d’une initiative qui viendrait augmenter le flux d’achat (dans le cadre aujourd’hui de l’APP – Asset Purchase Programme – pour un montant mensuel de 20 milliards d’euros). La première, au travers des précisions apportées à sa forward guidance, n’envisage pas de démarrer la hausse des taux directeurs avant longtemps (2024 ?) ; le second n’est pas loin de considérer que le retournement de tendance pourrait intervenir beaucoup plus tôt (dès la fin de 2022 ?).

Zone Euro : ralentissement progressif de la croissance

On le ressent ; l’environnement est en train de devenir plus compliqué. Avec avant tout une croissance qui ralentit et des prix moins sages. La politique monétaire restera en soutien ; mais celui-ci baisserait. Le sol sur lequel l’investisseur « pose le pied » devient moins stable. La politique budgétaire pourrait-elle alors être une sorte planche de salut, à même de créer les conditions de davantage d’équilibre ?

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Proposons une double lecture en la matière, en reconnaissant de suite que ni l’un ni l’autre des deux aspects ne sont très encourageants. Commençons par les réglages budgétaires envisagés à l’horizon des prochaines années. Qu’on suive la Commission européenne ou le FMI, la conclusion est la même : il y a du resserrement dans l’air. Un double bémol peut sans doute être apporté. Cependant il ne fait qu’amoindrir la force du constat ; il ne le remet probablement pas en cause. D’abord, la conclusion à laquelle on arrive s’appuie sur le concept de solde structurel primaire (le solde des comptes publics dont on retire à la fois la partie liée à la dynamique de la croissance et la charge de la dette). L’usage qu’on fait de celui-ci n’est-il pas mis à mal par la gestion de la crise sanitaire et l’ampleur des mesures exceptionnelles de soutien apportées par les administrations ? Ce soutien va en se réduisant, évidemment. Doit-on inéluctablement parler de réglage durci ? Ensuite, nos pays sont tous fondamentalement confrontés à une dialectique budgétaire compliquée. D’un côté, les budgets publics doivent contribuer à répondre à toute une série d’enjeux importants : une sortie en bon ordre de la crise sanitaire et assurer que la triple transition environnementale, digitale et sociale (une économie plus inclusive) soit une réussite. De l’autre, faire en sorte que la trajectoire budgétaire de moyen terme soit soutenable et reconstituer des marges de manœuvre pour faire face aux crises qui apparaitront.

Zone Euro : vers un durcissement de la politique budgétaire dès 2022

Passons à l’autre point qu’il est nécessaire d’aborder. Je veux parler de l’Allemagne et de ce que sera la doctrine en matière de politique budgétaire de la probable coalition gouvernementale au niveau fédéral, formée par les Sociaux-démocrates, les Verts et les Libéraux. A la lecture des premiers éléments d’accord connus, le principe de l’orthodoxie ne serait pas remis en cause. Si l’approche devait être confirmée (pas de possibilité, sauf moments exceptionnels, d’augmenter les impôts et de proposer une impasse des comptes publiques autre que marginale), cette contrainte, toute allemande qu’elle soit, limiterait très probablement les marges de manœuvre ailleurs dans la Zone Euro. Une fois encore, un bémol peut être proposé. La rigidité doctrinale se déclinerait de façon souple. Un peu dans la lignée de ce qui avait été décidé en 2015, avec le concept de « mieux utiliser la flexibilité offerte par les règles existantes du pacte de stabilité et de croissance », des marges de manœuvre seraient autorisées aux Etats-membres.

Au terme de l’analyse, comment ne pas admettre que les perspectives pour ce qui est de la politique budgétaire en Zone Euro ne sont pas très claires ? Très certainement, significativement moins que concernant la politique monétaire. Il y a ici un élément d’incertitude que l’investisseur doit prendre en compte.

Allons un pas plus loin, pour en finir avec cette thématique. Pour ce faire, focalisons-nous à nouveau sur l’Allemagne. Si la doctrine budgétaire ne devait pas être amendée, alors il faut s’attendre à ce que les excédents extérieurs du pays restent à des niveaux stratosphériques. Rappelons que de 2015 à 2020, le solde positif de la balance des opérations courantes a été en moyenne de près de 7 points de PIB. Ceci est contraire aux règles européennes, qui « obligent normalement la Commission à lancer une enquête lorsqu’un pays-membre affiche un excédent commercial supérieur à 6 points de PIB ». Mais on peut imaginer qu’une fois encore la flexibilité dans l’usage de la règle s’imposera !  Notons au passage et sans ouvrir le débat que, utilisé à grande échelle, l’équilibre entre règle « trop » stricte et déclinaison « excessivement » flexible pourrait s’avérer précaire.

Excédents extérieurs en Europe : l'extravagance allemande est-elle durable

Finissons en parlant de tout autre chose. On décide en Chine un élargissement du principe de taxation de la propriété immobilière et on discute aux Etats-Unis de taxer les plus-values non réalisées sur les actifs détenus (à partir d’un certain montant). Le regard sur la fiscalité du capital est-il en train de changer ?

Par Hervé Goulletquer, stratégiste

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