Les marchés américains ont choisi leur camp : celui d’un retour rapide à la détente monétaire. Convaincus que la Fed reprendra ses baisses de taux dès septembre, les investisseurs ont alimenté un mouvement haussier qui a porté Wall Street vers de nouveaux sommets vendredi. Une envolée paradoxale, alors même que les derniers indicateurs économiques auraient dû, en principe, inciter à plus de prudence.
Jeudi, l’indice des prix à la production (PPI) est venu semer le doute. En juillet, il a progressé de 0,9 % sur un mois, sa plus forte hausse depuis juin 2022, et bien au-dessus des prévisions des analystes. Le lendemain, les prix à l’importation ainsi que les anticipations d’inflation établies par l’université du Michigan ont eux aussi surpris à la hausse. Des données qui, traditionnellement, plaideraient plutôt pour une Fed sur la retenue, peu disposée à relancer un cycle d’assouplissement monétaire.
Mais Wall Street, fidèle à son penchant pour les paris risqués, a choisi de s’accrocher à l’idée que la banque centrale américaine reprendra le chemin des baisses de taux dès la réunion de septembre. Les investisseurs semblent parier que Jerome Powell et ses collègues privilégieront le soutien à l’économie face au risque d’un ralentissement, quitte à fermer les yeux sur les signaux inflationnistes persistants.
Cet optimisme forcené s’est traduit par de nouveaux records boursiers. L’indice S&P 500 a franchi le cap des 6.481 points vendredi, un sommet historique. Le Dow Jones, de son côté, avait déjà atteint un plus haut le 15 août, à 45.204 points. Les marchés d’actions, dopés par cette confiance dans l’assouplissement monétaire, bénéficient d’un appétit pour le risque qui ne se limite pas aux seuls titres cotés.
Le marché obligataire illustre également cette euphorie. L’écart de taux (spread) entre les obligations d’État américaines et les titres de crédit de bonne qualité — dits « investment grade » — a glissé à 77 points de base, son plus bas niveau depuis 1998. Autrement dit, les investisseurs estiment que le risque de dégradation économique est faible, et qu’il est donc inutile d’exiger une prime de risque importante pour détenir des obligations d’entreprises, même dans un contexte de tensions inflationnistes.
Ce décalage entre la lecture des chiffres économiques et l’optimisme de marché illustre une tendance bien connue : la capacité des investisseurs à anticiper — parfois à l’excès — les décisions de politique monétaire. Depuis deux ans, la Fed joue les équilibristes entre la lutte contre l’inflation et la préservation de la croissance. Or, si les prix repartent à la hausse, l’institution pourrait être contrainte de temporiser davantage, voire de maintenir ses taux directeurs plus longtemps que prévu.
Derrière l’enthousiasme affiché, un risque persiste : celui d’une déception brutale si la Réserve fédérale choisit de déjouer les attentes. Les prochains indicateurs, notamment l’inflation à la consommation et les données sur l’emploi, seront déterminants. D’ici là, Wall Street continue d’avancer sur un fil, convaincu que la Fed lui donnera raison. Reste à savoir si la réalité économique confirmera ce pari.
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