Dans son dernier Flash Économie, Patrick Artus (Ossiam) met en lumière une différence structurelle fondamentale entre les États-Unis et la zone euro : la manière dont est répartie la richesse créée. Depuis 1999, les salaires réels n’ont capté que 42 % des gains de productivité outre-Atlantique, contre 88 % en Europe. Ce déséquilibre dans le partage des revenus explique l’essentiel des divergences de performance entre les deux blocs.
Aux États-Unis, la profitabilité des entreprises est bien plus élevée, favorisant les dépenses de recherche et développement et l’investissement technologique. Mais cette dynamique se paie d’un taux d’épargne des ménages faible, d’un déficit extérieur structurel et de fortes inégalités de revenus. En Europe, la situation est inverse : salaires mieux alignés sur la productivité, épargne plus élevée et inégalités moindres, mais rentabilité des entreprises plus faible et investissements technologiques plus limités.
Artus résume : un partage inégal des revenus stimule la compétitivité et l’innovation à court terme, mais fragilise la cohésion sociale et la stabilité macroéconomique. À l’inverse, le modèle européen, plus équitable, protège le tissu social, mais freine la montée en gamme industrielle. Entre efficacité et équité, les deux économies poursuivent deux visions opposées du capitalisme.
Sur le même sujet :
- Amérique latine : la “doctrine Donroe” rebat les cartes pour les investisseurs
- BCE : faut-il vraiment craindre une remontée des taux en 2026 ?
- Le choc iranien bouscule les marchés mondiaux
- Guerre en Iran : trois scénarios pour l’économie et les marchés
- Pourquoi les États-Unis ont besoin d’un dollar fort