L’économie mondiale a commencé à ralentir nettement à la fin de l’été. En particulier, le cycle industriel mondial et l’Europe.
Les vues de la Gestion à trois mois : Les banques centrales luttent plus que jamais contre l’inflation, au détriment de l’activité
La toile de fond macroéconomique pour les marchés devrait rester dégradée et incertaine dans les prochains mois, avec un net ralentissement de la croissance et une inflation toujours trop élevée pour que les banques centrales puissent réduire leur resserrement monétaire. Le risque que les banques centrales en fassent trop augmente de plus en plus.
- Le resserrement monétaire des banques a encore accéléré de façon générale en septembre, avec peu d’espoir d’une accalmie d’ici la fin de l’année. La Fed et la BCE ont remonté leurs taux directeurs de 0.75% en septembre (contre des pas de 0.25% habituellement) et la Fed et la Banque d’Angleterre ont accéléré le rythme de réduction de leur bilan. De plus, les trois banques centrales ont clairement indiqué qu’elles comptaient continuer les hausses de taux à marche forcée dans les prochains mois et qu’elles accepteraient le coût d’une légère récession comme le coût à payer pour éviter que l’inflation ne s’ancre durablement au-dessus de leur cible de 2%. Ainsi, la Fed prévoit de remonter son taux jusqu’à 4,6% en 2023, ce qui est 1pt de plus que dans ses prévisions de juin, et la BCE annonce une poursuite de ces hausses de taux lors des prochaines réunions malgré le risque élevé de récession. Au total, le resserrement monétaire actuel est le plus important en taille, en vitesse et dans son caractère généralisé à travers le globe. Et, contrairement à leur habitude des dernières décennies, quand le risque était que l’inflation soit trop basse, elles ne vont pas remettre en cause leur resserrement monétaire aux premiers signes de dégradation de l’économie.
- Cela a entrainé un net durcissement des conditions financières qui vont peser fortement sur l’économie dans les prochains trimestres. Ainsi, les principaux actifs liquides ont fortement baissé en septembre de telle sorte qu’ils ont reculé pour le troisième trimestre consécutif en 2022, que ce soient les actifs risqués, comme les actions, ou les actifs refuges, comme les obligations publiques. C’est une première dans l’histoire récente. Par ailleurs, le dollar atteint des sommets par rapport à la quasi-totalité des autres devises et la volatilité des marchés atteint elle-aussi des seuils records. Les conditions de financement pour les états, les entreprises et les ménages se durcissent nettement, ce qui va peser sur l’immobilier, l’investissement et la consommation dans les prochains trimestres.
- Le scénario économique était déjà difficile avec la faiblesse de la reprise chinoise, qui se confirme, et la crise énergétique en Europe, qui devrait entraîner la région en récession en cette deuxième partie d’année. Toutefois, celle-ci pourrait s’avérer bien moins sévère que nous le craignions grâce aux relances budgétaires massives. Ajoutées à cela, les décisions des banques centrales privilégiant clairement la lutte contre à l’inflation à l’économie nous laissent penser que les chances de récession en Europe et aux Etats-Unis ont augmenté encore ce mois-ci.
- Le prix des matières premières énergétiques a continué de refluer mais reste très élevé, surtout en dehors des États-Unis. La Russie a stoppé la quasi-totalité de ses livraisons de gaz à l’Europe, et les derniers développements (sabotage des gazoduc Nord Stream, renforcement des sanctions Européennes suite à l’annexion des régions ukrainienne par la Russie…) laissent peu d’espoir quant à un retour du gaz russe dans les prochaines années. Le prix du gaz a toutefois baissé légèrement grâce au haut niveau des stocks (90% des capacités) et à la baisse de la demande industrielle, ce qui réduit les risques de rationnement cet hiver. Il reste cependant huit fois supérieur au prix d’avant la crise ukrainienne et risque de rester très élevé même après l’hiver 2022-2023 sans importations depuis la Russie. Par ailleurs, le prix du pétrole a continué de baisser légèrement en raison des perspectives de croissance plus faibles, mais reste élevé car l’OPEP+ continue de limiter sa production. Surtout, son prix en euros reste inchangé en raison de la dépréciation de la devise face au dollar. Au total, si la baisse du prix du pétrole est une bonne nouvelle pour les ménages américains, le choc énergétique pour l’Europe reste historique. La bonne nouvelle pour cet hiver est que les gouvernements européens ont annoncés de nouvelles aides budgétaires massives pour aider les entreprises et surtout les ménages. Si ces aides ne devaient pas empêcher la baisse de l’activité en Europe, elles pourraient quand même limiter grandement l’ampleur de la récession.
- L’activité ralentit fortement à l’approche du 4ème trimestre, en particulier en Europe, mais toujours pas l’inflation. Ce ralentissement et les facteurs négatifs indiqués ci-dessus renforce notre conviction que le scénario le plus probable est celui d’une légère récession à la fin 2022 / début 2023 des deux côtés de l’Atlantique.
– En Zone Euro, les entreprises indiquent une plus grande contraction de l’activité et la confiance des ménages atteint un nouveau plus bas historique en septembre. L’Allemagne est particulièrement impactée par la crise du gaz et les perturbations de chaines de production en Europe de l’Est et est probablement déjà en récession. Pour la Zone Euro, la forte croissance du premier semestre semble bien derrière nous. Cela dit, le marché du travail reste très solide, le taux de chômage restant à son plus bas historique en août (à 6,6%). Nous prévoyons une légère baisse du PIB dans les prochains trimestres. Côté inflation, l’inflation totale a accéléré encore nettement en septembre pour atteindre pour la première fois 10%. Et si elle vient principalement de l’énergie et de l’alimentation, elle se diffuse aux autres prix. En effet, l’inflation sous-jacente continue aussi d’accélérer et, à 4,8%, elle est bien au-dessus du niveau de confort de la BCE. L’inflation de devrait pas baisser significativement avant au moins mi-2023 selon nos anticipations.
– Aux Etats-Unis, l’activité semble avoir bien résisté cet été après la légère baisse du PIB dans la première partie de l’année, avec des créations d’emplois toujours très dynamique et une résilience de la consommation qui va bénéficier de la baisse du prix du pétrole dans les prochains mois. Cela dit, l’économie américaine ralentit avec une demande de biens qui se normalise après son rebond post-Covid et un secteur de l’immobilier qui se dégrade après la forte hausse des taux hypothécaires. Nous anticipons que l’économie américaine va ralentir graduellement jusqu’à la fin de l’année. Du côté des prix, si le pic de l’inflation semble être passé, son reflux est très lent et les pressions restent bien trop élevées pour anticiper un retour rapide vers les 2%. Ainsi, l’inflation totale a baissé à 8.3% en août mais l’inflation sous-jacente à réaccéléré à 6.3% et les indicateurs de prix tendanciels continuent d’augmenter. Nous prévoyons que l’inflation américaine commencera à baisser plus nettement dans les prochains mois mais pas suffisamment pour revenir rapidement vers les 2%. - Nous anticipions que les banques centrales remonteraient plus leur taux que ne le pensaient les marchés cet été. Suite aux discours très durs des banques centrales en septembre, nous avons revu à la hausse nos prévisions de taux directeurs. Mais les marchés ont encore plus augmenté leurs anticipations de taux, de telle sorte qu’elles sont désormais en ligne avec notre scénario. Cela limite le potentiel de mauvaise surprise.Après que la Fed a remonté ses taux de 0% à 3,1% en moins de six mois, nous anticipons qu’elle devrait remonter ses taux au-dessus de 4,5% d’ici début 2023 et les maintenir élevés au moins jusqu’en 2024. De son côté, la BCE monte son taux directeur de 75pb à 0.75% en septembre, de telle sorte qu’il n’est plus négatif pour la première fois depuis 2014. Nous anticipons que la BCE continuera à remonter ses taux de façon rapide vers les 2% d’ici la fin de l’année et probablement de 25-50pt supplémentaires début 2023 car l’inflation ne ralentira pas encore nettement.