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Les politiques monétaires d’Amérique latine : plus loin, plus haut, mais attention aux décalages sous-jacents !

Les banques centrales des pays d’Amérique latine ont toutes amorcé un cycle de hausses agressives et, ce faisant, devancent de loin la Fed. Ces cycles haussiers sont néanmoins assez peu synchronisés entre eux. La Banque centrale de Bolivie (BCB), par exemple, commence déjà à mettre fin à son cycle haussier, tandis que la Banque centrale de Colombie (BanRep) n’est qu’à mi-chemin du sien, en raison d’un départ tardif et lent. La Banque centrale du Chili (BCCh) doit encore procéder à un tour de vis important avant de pouvoir commencer à ralentir son rythme d’ajustement (comme la BCB), tandis que la Banque centrale du Mexique (Banxico) est désormais à la merci de la Réserve fédérale américaine (Fed), dont elle devra emboîter le pas (pour autant que son économie le lui permette).

Ces divergences semblent assez frappantes si l’on considère que toutes les banques centrales sont sur la même ligne lorsqu’il s’agit de privilégier l’inflation, puis la stabilité financière, par rapport à la croissance. Toutefois, un examen plus approfondi des autres cycles économiques, y compris de l’inflation (et des anticipations d’inflation), permet de mieux comprendre les particularités

Pour exemple, le Brésil et le Mexique ont connu une stagflation au second semestre 2021 (récession technique et pic d’inflation) tandis que le Chili et la Colombie se sont trouvés en situation de surchauffe, l’inflation étant encore attendue en hausse d’un point de pourcentage environ. Enfin, l’exposition externe est bien plus problématique qu’ailleurs au Mexique et, dans une moindre mesure, en Colombie.

Reste désormais à savoir de combien les banques centrales des pays d’Amérique latine vont encore augmenter leurs taux d’intérêt. Les fonctions de réaction des banques centrales sont en quelque sorte des variations de la règle de Taylor.  Elles se fondent toutes sur l’écart d’inflation et l’écart de production, les taux neutres servant de point de départ. Compte tenu de la nature de l’inflation et des incertitudes qui entourent cette variable de l’équation dans le cycle actuel, nous pensons que les banques centrales accordent une attention particulière à leurs anticipations d’inflation respectives. Nous modifions donc nos prévisions en gardant ce dernier point à l’esprit et tablons sur un taux final de la BCB à 12,25%, avec une hausse de Banxico et de BCCh à plus de 8%, une hausse de BanRep légèrement inférieure à ce taux et une fin du cycle de resserrement de la Banque centrale du Pérou (BCRP) à environ 5,25%.

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